01/06/2008

LES FOUS ET LES TEMPLIERS

  "- Mais vous, que savez-vous sur les Templiers?
- Moi je travaille dans une maison d'édition et dans une maison d'édition convergent sages et fous. Le métier du conseiller éditorial est de reconnaitre d'un coup d'oeil les fous. Quand quelqu'un remet les Templiers sur le tapis, c'est presque toujours un fou.
- Ne m'en parlez pas. Leur nom est légion. Mais les fous ne parleront tout de même pas tous des Templiers. Les autres comment les reconnaissez vous ?
- Le métier. Je vais vous expliquer, vous qui êtes jeune. A propos quel est votre nom ?
- Casaubon
- N'était-ce pas un personnage de Middlemarch ?
- Je l'ignore. En tout cas s'était aussi un philologue de la Renaissance, je crois. Mais nous ne sommes pas parents.
- Ce sera pour une autre fois. Vous remettez ça ? Deux autres, Pilade merci. Donc. Au monde il y a les crétins, les imbéciles, les stupides et les fous.
- Il ne va pas rester grand-chose !
- Si, nous deux, par exemple. Ou au moins, sans vouloir offenser, moi. Mais en somme, quiconque, à y regarder de près, participe de l'une de ces catégories. Chacun de nous de temps à autre est crétin, imbécile, stupide ou fou. Disons que la personne normale est celle qui mêle en une mesure idéale toutes ces composantes, ces types idéaux.
- Idealtypen.
- Bravo ! Vous savez aussi l'allemand ?
- Je le baragouine pour les bibliographies.
- De mon temps, qui savait l' allemand ne passait plus sa licence. Il passait sa vie à savoir l'allemand. Je crois que c'est ce qui arrive avec le chinois aujourd'hui.
- Moi je ne le sais pas suffisamment, comme ça je passe licence et maîtrise. Mais revenons à votre typologie. Le génie, c'est quoi, Einstein, par exemple ?
- Le génie, c'est celui qui fait jouer une composante de façon vertigineuse, en la nourrissant avec les autres composantes." Il but. Il dit: " Bonsoir bellissima. Tu as encore fait une tentative de suicide ?
- Non, répondit la passante, à présent je suis dans un collectif.
- Parfait", lui dit Belbo. Il revint à moi:" On peut organiser aussi des suicides collectifs, qu'en pensez-vous ?
- Mais les fous ?
- J'espère que vous n'avez pas pris ma théorie pour argent comptant. Je ne suis pas en train de mettre l'univers en ordre. Je m'explique sur ce qu'est un fou pour une maison d'édition. La théorie est ad hoc, d'accord ?
- D'accord. A présent c'est moi qui paie.
- D'accord. Pilade, s'il vous plait moins de glace. Sinon elle ne va pas tarder à se mettre de la partie. Alors. Le crétin ne parle même pas, il bave, il est spastique. Il plante son sorbet sur son front, par manque de coordination. Il prend la porte-tambour en sens contraire.
- Comment fait-il ?
- Lui, il y arrive. Raison pour quoi il est crétin. Il ne nous intéresse pas, vous le reconnaissez tout de suite, et il ne vient pas dans les maisons d'édition. Laissons-le à son sort.
- Laissons-le.
- Etre imbécile est plus complexe. C'est un comportement social. L'imbécile est celui qui parle toujours hors de son verre.
- Dans quel sens ?
- Comme ça." Il pointa l'index à pic hors de son verre, indiquant le comptoir. " Lui, il veut parler de ce qu'il y a dans son verre, mais sans savoir comment ni pourquoi, il parle en dehors. Si vous voulez, en termes communs, c'est celui qui fait des gaffes, qui demande des nouvelles de sa charmante épouse au type que sa femme vient de larguer. Je rends l'idée ?
- Vous la rendez. J'en connais.
- L'imbécile est fort demandé, surtout dans les occasions mondaines. Il met tout le monde dans l'embarras, mais ensuite il offre matière à commentaires. Dans sa forme positive il devient diplomate. Il parle hors de son verre quand se sont les autres qui ont fait une gaffe, il fait dévier les propos. Mais il ne nous intéresse pas, il n'est jamais créatif, c'est du rapporté, il ne vient donc pas offrir de manuscrits dans les maisons d'édition. L'imbécile ne dit pas que le chat aboie, il parle du chat quand les autres parlent du chien. Il se mêle les pinceaux dans les règles de la conversation et quand il se les mêle bien il est sublime. Je crois que c'est une race en voie d'extinction, c'est un porteur de vertus éminement bourgeoises. Il faut un salon Verdurin, ou carrément une famille Guermantes. Vous lisez encore ces choses-là, les étudiants ?
- Moi, oui.
- L'imbécile c'est Mac-Mahon qui passe en revue ses officiers et en voit un, couvert de décorations de la Martinique. "Vous êtes nègre ?" lui demande-t-il. Et l'autre:" Oui mon général !" Et Mac-Mahon:" Bravo, bravo, continuez !" Et ainsi de suite. Vous me suivez ? Excusez-moi, mais ce soir je fête une décision historique de ma vie. J'ai arrêté de boire. Un autre ? Ne répondez pas, vous me faites sentir coupable, Pilade !
- Et le stupide ?
- Ah. Le stupide ne se trompe pas dans son comportement. Il se trompe dans son raisonnement. C'est celui qui dit que tous les chiens sont des animaux domestiques qui aboient, mais que les chats sont aussi des animaux domestiques et donc qu'ils aboient. Ou encore, que tous les Athéniens sont mortels, tous les habitants du Pirée sont mortels, et donc tous les habitants du Pirée sont athéniens.
- Ce qui est vrai.
- Oui, mais par hasard. Le stupide peut même dire une chose juste, mais pour des raisons erronées.
- On peut dire des choses erronées, il suffit que les raisons soient justes.
- Parbleu. Autrement pourquoi tant peiner pour être des animaux rationnels ?
- Tous les grands singes anthropomorphes descendent de formes de vie inférieures, les hommes descendent de formes de vie inférieures, donc tous les hommes sont de grands singes anthropomorphes.
- Pas si mal. Nous sommes déjà sur le seuil ou vous soupçonnez que quelque chose ne cadre pas, mais il faut un certain travail pour démontrer quoi et pourquoi. Le stupide est des plus insidieux. L'imbécile, on le reconnaît tout de suite (sans parler du crétin), tandis que le stupide raisonne comme vous et moi, sauf un écart infinitésimal. C'est un maître ès paralogismes. Il n'y a pas de salut pour le conseiller éditorial, il devrait y passer une éternité. On publie beaucoup de livres de stupides parce que, de prime abord, ils nous convainquent. Le lecteur d'une maison d'édition n'est pas tenu de reconnaître le stupide. L’Académie des sciences ne le fait pas, pourquoi l'édition devrait-elle le faire ?
- La philosophie ne le fait pas. L'argument ontologique de saint Anselme est stupide. Dieu doit exister parce que je peux le penser comme l'être qui a toutes les perfections, y compris l'existence. Il confond l'existence dans la pensée et l'existence dans la réalité.
- Oui , mais la réfutation de Gaunilon est stupide elle aussi. Je peux penser à une île dans la mer, même si cette île n'existe pas. Il confond la pensée du contingent et la pensée du nécessaire.
- Une lutte entre stupides.
- Certes, et Dieu s'amuse comme un fou. Il s'est voulu impensable rien que pour démontrer qu'Anselme et Gaunilon étaient stupides. Quel but sublime pour la création, que dis-je, pour l'acte même en vertu duquel Dieu se veut. Tout finalisé pour la dénonciation de la stupidité cosmique.
- Nous sommes entourés de stupides.
- Pas d'issue. Tout le monde est stupide, sauf vous et moi. Mieux encore, sans vouloir offenser, sauf moi.
- J'ai dans l'idée que la preuve de Godel à quelque chose à voir là-dedans.
- Je ne sais pas, je suis crétin. Pilade !
- Mais c'est ma tournée.
- On partagera après. Epiménide, Crétois, dit que tous les Crétois sont menteurs. S'il le dit, lui qui est Crétois et connaît bien les Crétois, c'est vrai.
- C'est stupide.
- Saint Paul. Lettre à Titus. Et maintenant ceci: tous ceux qui pensent qu'Epiménide est un menteur ne peuvent que se fier aux Crétois, mais les Crétois ne se fient pas aux Crétois, par conséquent aucun Crétois ne pense qu'Epiménide est un menteur.
- C'est stupide ou pas ?
- A vous de voir. Je vous ai dit qu'il est difficile d'identifier le stupide. Un stupide peut même obtenir le prix Nobel.
- Laissez-moi réfléchir... Certains de ceux qui ne croient pas que Dieu a créé le monde en sept jours ne sont pas des fondamentalistes, mais certains fondamentalistes croient que Dieu a créé le monde en sept jours, par conséquent personne qui ne croit que Dieu a créé le monde en sept jours n'est fondamentaliste. C'est stupide ou pas ?
- Mon Dieu - c'est le cas de le dire... je ne saurais. Et selon vous ?
- Ca l'est dans tous les cas, même si c'était vrai. Ca viole une des lois du syllogisme. On ne peut tirer de conclusions universelles de deux propositions particulières.
- Et si le stupide c'était vous ?
- Je serais en bonne et séculaire compagnie.
- Eh oui, la stupidité nous entoure. Et peut-être par un système différent du notre, notre stupidité est leur sagesse. Toute l'histoire de la logique consiste à définir une notion acceptable de stupidité. Trop immense. Tout grand penseur est le stupide d'un autre.
- La pensée comme forme cohérente de stupidité.
- Non. La stupidité d'une pensée est l'incohérence d'une autre pensée.
- Profond. Il est deux heures, d'ici peu de temps Pilade va fermer et nous ne sommes pas arrivés au fous.
- J'y viens. Le fou, on le reconnaît tout de suite. C'est un stupide qui ne connaît pas les trucs. Le stupide, sa thèse, il cherche à la démontrer, il a une logique biscornue mais il en a une. Le fou par contre ne se soucie pas d'avoir une logique, il procède par court-circuits. Tout, pour lui, démontre tout. Le fou a une idée fixe, et tout ce qu'il trouve va pour la confirmer. Le fou, on le reconnaît à la liberté qu'il prend par rapport au devoir de preuve, à sa disponibilité à trouver des illuminations. Et ça vous paraîtra bizarre, mais le fou, tôt ou tard, met les Templiers sur le tapis.
- Toujours ?
- Il y a aussi les fous sans Templiers, mais les fous à Templiers sont les plus insidieux. Au début vous ne les reconnaissez pas, ils ont l'air de parler normalement, et puis, tout à coup ..." Il ébaucha un signe pour commander un autre whisky, changea d'avis et demanda l'addition. " Mais à propos des Templiers. L'autre jour un type m'a laissé un manuscrit dactylographié sur le sujet. J'ai tout lieu de croire que c'est un fou, mais à visage humain. Le manuscrit commence sur un ton calme. Voulez-vous y jeter un coup d’œil ?
- Volontiers. Je pourrais y trouver quelque chose qui me serve.
- Je ne pense vraiment pas. Mais si vous avez une demi-heure de libre, faites un saut chez nous. Au 1 de la via Sincero Renato. Ca me servira plus à moi qu'à vous. Vous me direz tout de suite si ce travail mérite, selon vous, d'être pris en considération.
- Pourquoi me faites-vous confiance ?
- Qui vous a dit que je vous faisais confiance ? Mais si vous venez, j'aurais confiance. J'ai confiance en la curiosité."
Un étudiant entra, le visage décomposé:" Camarades, les fascistes sont au bord de Naviglio, avec des chaînes !
- A coup de barre, je vais y aller", dit celui qui portait des moustaches à la tartare et qui m'avait menacé à propos de Lénine. "Allons, camarades ! " Ils sortirent tous.
" Qu'est ce qu'on fait ? On y va ? demandai-je culpabilisé.
- Non, dit Belbo. C'est le genre d'alarme que Pilade fait circuler pour déblayer son troquet. Pour le premier soir ou j'arrête de boire, je me sens altéré. Ce doit être la crise d'abstinence. Tout ce que j'ai dit, jusqu'à cet instant compris, est faux. Bonne nuit, Casaubon."

Umberto Eco, "Le Pendule de Foucault"

04/02/2007

L'ETOILE INTERNELLE ET L'ORDRE DU PARACLET

medium_Estoile_internelle.jpgLes informations dont on peut disposer sur ces organisations sont à la fois partielles et partiales. Le chercheur rencontre, à son étude, des personnages ambigüs : René Guénon, Louis Charbonneau-Lassay (l'archéologue de Loudun), bien sûr, mais aussi l’écrivain Jean Tourniac, le Cardinal Tisserand (qui fut peut-être l’un des "Majors" (Grands-Maîtres) de l’Etoile Internelle). L’on y rencontre également un curieux Dominicain, le père Gorce, qui fut le collaborateur de Monseigneur Tisserand.

On a assisté récemment à une sorte de renaissance de l’Ordre du Paraclet, avec Henri Montaigu. Il existait, il y a encore peu de temps, certains liens sur Internet conduisant au site de « La Confrérie du Paraclet » :

http://www.geocities.com/Athens/7204/

La société d’éditions «  La Place Royale  » y fait également référence (Frédéric Luz), ainsi que plusieurs sites dédiés à Guénon. Des révélations intéressantes sur les relations de Guénon, Charbonneau-Lassay et l’Etoile Internelle y ont même figuré. Ce qui figure ci-après est issu d’autres sources...

L'Estoile Internelle [pour partie d’après J.-M. Saliège]

Louis Charbonneau-Lassay se trouva recueillir le dépôt d’une « société mystique », dont les origines remontent au 15e siècle : L’Estoile internelle. - Elle incorporera plus tard une autre société : La Fraternité des Chevaliers du divin Paraclet. Ainsi affirme-t-il dans Le Bestiaire du Christ : « J’aurai l’occasion de citer plusieurs fois dans la suite de cet ouvrage, l’un de ces groupements secrets du Moyen-Âge qui s’est conservé jusqu’à nous, L’Estoile internelle, lequel possède des archives très anciennes, notamment un recueil de symboles, datant de la fin du XVe siècle ; il m’a été exceptionnellement communiqué par ce groupe même, pour le présent travail, après la publication de plusieurs chapitres dans l’ancienne revue Regnabit ».

Cette société présentait, à l’époque où il en aura connaissance, dans les années 30, des documents suffisamment complets pour envisager la possibilité d’une initiation chrétienne : « J’ai été plusieurs fois obligé déjà, pour être sincère et moins incomplet, de faire allusion à ces groupements mystiques et secrets du Moyen-Âge peu connus, comme, par exemple, à la Fede Santa , dont Dante paraît avoir été l’un des chefs, et qui était « une sorte de tiers-ordre de filiation templière », certains, parmi ces groupements hermétiques étaient en parfait accord avec la plus strict orthodoxie, tout en détenant parfois pour eux des secrets séculaires étrangement troublants ; c’est le cas de l’Estoile Internelle qui n’a jamais compté plus de douze membres, et qui existe encore avec les manuscrits originaux du XVe siècle, de ses écrits constitutifs et de doctrine mystique ». René Guénon lui-même avait répondu « d’une manière favorable quant au caractère orthodoxe et sain de cette organisation », toutefois, la trace de cette organisation se perd rapidement après la mort de Louis Charbonneau-Lassay – et on sait que Guénon lui-même en conclura que les possibilités d’initiation chrétienne étaient désormais totalement exclues en Occident, du moins dans des conditions « habituelles et régulières ».

En fait, l’Etoile Internelle est une société ésotérique et chrétienne. Elle aurait été, en quelque sorte, l’ordre intérieur de la Société du Paraclet.  Le "Major" (Grand-Maître) de l’Etoile Internelle semble connu du Vatican. Le pape aurait toujours nommé cardinal cet Imperator.

D’après le peu d’informations que l’on peut avoir, le culte privé pratiqué par les membres de l’Etoile Internelle ressemblait à celui des Pénitents, dont on sait à peu près ce qu’il y avait dans les chapelles privés (accessoires militaires, épées, lances....). Une liaison est possible avec la légende du Graal.

Le mystérieux Père Gorce

Mais, revenons au père Gorce (1898 - 1979), peu connu en dehors de certains milieux, car c’est un personnage qui mérite le détour : il fut d’abord officier d’artillerie, à la fois directeur de l’Observatoire de la Trappe et membre de la commission de la balistique au ministère de la Guerre. Il poursuivit son parcours au collège universitaire de Saulchoir (domicicain), où il passera onze années de son existence, d’abord comme novice, puis comme étudiant et enfin comme professeur de théologie. Il occupera une chaire de théologie à l’Institut catholique de Toulouse, puis il devint directeur de l’Institut de philosophie et d’histoire de Tunis pendant deux ans (1941 - 1942).

A cette époque, il s’intéressa aux fouilles archéologiques de Saint-Pierre de Rome et se brouilla avec sa hiérarchie à propos du tombeau de Saint Pierre qui, selon lui, n’existait pas sous la basilique vaticane.

Peu après, rentré en France, il devint membre de la Commission antijudéo-maçonnique, introduit Bernard Faÿ dont il avait fait la connaissance par Gueydan de Roussel, ancien secrétaire de ce dernier. Aidé par sa grande érudition, il y rencontra beaucoup de succès en clouant au pilori les « forces occultes » et les « tireurs de ficelle ».

Après la guerre, il quitta l’église catholique et devint curé de Saint-Imier en Suisse, après être devenu « Vieux-Catholique ».

Continuant sur son étrange lancée, le père Gorce se fit recevoir Franc-Maçon en 1950 dans une loge de Berne, dépendant de la Grande Loge Alpina. En 1968, il quitta la Suisse pour Avignon. Il était Chevalier Kadosch. Il s’affilia alors au Grand Orient de France (Loge « Sincère Union et Vrais Amis Réunis », d’Avignon et fut élevé au 33ème Degré. En fait, Gueydan de Courcel, secrétaire de Bernard Faÿ, qui avait introduit Gorce au sein de la Commission antijudéo-maçonnique », avait été pendant la guerre en contact avec le Très Illustre Frère Corneloup, et en liaison avec le Cardinal Verdier : sa mission était alors d’établir des contacts entre l’Eglise de France et les élémens de la Maçonnerie favorables à un rapprochement. Ceci explique peut-être celà...

21/01/2007

ORDRES MARTINISTES SUR LE WEB

        medium_om-entete.2.jpg

  • Centre d'études et de recherche sur le martinisme (CIREM) - Rassemble des spécialistes du "Martinisme" et de l'hermétisme chrétien. Présentation, publications et documents.
  • Louis-Claude de Saint Martin, le Philosophe Inconnu - Ce site présente Louis-Claude de Saint Martin, son temps, son oeuvre, sa pensée, ses relations, les ouvrages qui lui sont consacrés. Il y a également des oeuvres de l'auteur à télécharger.
  • Martinisme : Les Maîtres Passés - "Les Maîtres Passés" est ouvert à tous les ordres ou organisations faisant référence au Martinisme, à toutes les nationalités, chaque organisation recevra un accueil fraternel.
  • Martinisme.be : Portail sur le martinisme - Le portail réintégration est un espace virtuel de regroupement martiniste au sein d'un réseau informatique. Il est administré par des martinistes de sensibilités différentes. Il comporte un forum, des liens, des articles, ... .
  • Ordre Martiniste des Pays-bas - L'Ordre Martiniste des Pays-Bas n'est limité par aucune juridiction territoriale, mais représente l'une des nombreuses orientations du mouvement Martiniste. Il est en relation étroite avec toutes les autres organisations Martinistes, et accueille avec joie, comme visiteurs à ses réunions, tous les Martinistes qui désirent y assister. L'Ordre a grandi pour former un Ordre international, comprenant plus de trente Groupes dans dix pays et sur trois continents.
  • ordre martiniste operatif - Notre Temple travaille dans l'esprit de la tradition la plus ancienne afin de perpétuer l'enseignement et la discipline initiatique permettant à ses initiés d'acquérir les Clefs de la Connaissance et d'oeuvrer consciemment dans l'acte de la Réconciliation Universelle.
  • Ordre Martiniste Traditionnel - Grande Heptade de la Juridiction Française. Dédié au Martinisme et à tous les chercheurs en quête de Vérité. Puisant sa source dans la vie et l’œuvre de Louis-Claude de Saint-Martin, l’O.M.T. perpétue les enseignements traditionnels propres au Martinisme.
  • Réintégration : Les liens web du martinisme - Cet annuaire web recense les principaux liens en rapport avec le Martinisme. Il recense aussi d'autres liens pouvant intéresser les martinistes et les profanes pour leurs recherches dans l'ésotérisme, les religions et la spiritualité.
  • Site officiel de l'Ordre Martiniste - L'Ordre Martiniste est un mouvement à visée spirituelle et adogmatique créé par Papus (Docteur Gérard Encausse) en 1887. Il est indépendant de tous les autres Ordres ou associations initiatiques.
  • Site officiel de l'Ordre Martiniste S:. I:. - L’Ordre Martiniste S:. I:. est un Ordre initiatique ouvert à tout homme et toute femme, de bonne volonté. Le but de l’Ordre est la Réintégration de l’Etre Humain dans sa pureté primitive, le rapprochement de l’Homme vers Dieu.

13/01/2007

LE CERCLE DES ESOTERISTES DISPARUS

medium_O_rat.jpgA la charnière du Millénaire, plusieurs cherchants se retrouvaient très régulièrement autour de forums internet qui ont pu servir de catalyseurs à leurs quête personnelle. Parfois des déjeuners avaient lieu, à Paris, Etretat ou ailleurs…

Des sites avaient été créés et fédéraient leurs recherches. Parmi ceux-ci, il y avait notamment : 

Travaux d’Esotérisme

Regnabit

Esoterica

Esoterica2

Les Archives de Salilus

Tous ces gens ont des liens

Secrets & Sociétés 

Les échanges étaient vifs, passionnants et passionnés… Et puis, Chronos a fait son œuvre et chacun a poursuivi son propre Sentier.
Certains se retrouvent encore aujourd’hui sur d’autres forums constitués par la suite, moins actifs que le véritable bouillonnement de 1999 - 2001 :

Œuvres Livres par Grasset d’Orcet

Les Amis de Piobb

Le Club des Anglois

Ceux-ci, et tous les autres forment Le Cercle des Esotéristes disparus

 

03/01/2007

L'EGLISE GNOSTIQUE

Jules Doinel et l'Eglise Gnostique de France

medium_Jules_Doinel.jpgLe fondateur de l'Eglise Gnostique est Jules-Benoît Stanislas Doinel du Val-Michel (1842-1903). Doinel était un bibliothécaire, franc-maçon membre du Grand-Orient, un antiquaire et un spirite pratiquant. De ses fréquents essais pour communiquer avec les esprits, il fut confronté avec une vision récurrente de la Divinité Féminine sous divers aspects. Peu à peu, il développa la conviction que sa destinée était de participer à la restauration au sein de la religion de l'aspect féminin de la divinité.

En 1888, alors qu'il travaillait comme archiviste pour la bibliothèque d'Orléans, il découvrit une charte originale datée de 1022 qui avait été écrite par Canon Stéphane d'Orléans, un maître d'école et disciple des Cathares. Stéphane sera brûlé plus tard la même année pour hérésie.

Doinel fut fasciné par le drame des Cathares et leur héroïque et tragique résistance contre les forces du Pape. Il commença à étudier leurs doctrines et celles de leurs prédécesseurs, les Bogomiles, les Pauliciens, les Manichéens et les Gnostiques. Durant l'avancement de ses études, il devint de plus en plus convaincu que la Gnose était la seule vraie religion derrière la Franc-Maçonnerie.

Une nuit de 1888, "l'Eon Jésus" apparu à Doinel dans une vision et le chargea d'établir une nouvelle Eglise. Il consacra spirituellement Doinel en tant qu'"Evêque de Montségur et Primat de l'Albigeois". Après cette vision de l'Eon Jésus, Doinel commença à essayer d'entrer en contact avec des esprits cathares et gnostiques durant des séances dans le salon de Maria de Mariategui, Lady Caithness, Duchesse de Medina Pomar.

Doinel a longtemps été associé avec Lady Caithness, qui était une des figures en vue des cercles spirites français de l'époque, une disciple d'Anne Kingsford et dirigeant de la branche française de la Société Théosophique. Elle se considérait comme une réincarnation de Marie Stuart ; et une communication spirite en 1881 lui dévoila une révolution dans le domaine religieux qui résulterait en un "Nouvel Age de Notre Dame de l'Esprit Saint". Les séances gnostiques de Doinel étaient suivies par d'autres notoriétés de l'occultisme provenant de sectes diverses ; en ce compris l'Abbé Roca, un ancien prêtre catholique et associé de Stanislas de Guaita et d'Oswald Wirth. Les communications spirites étaient généralement reçues au moyen d'un pendule tenu par Lady Caithness au-dessus d'un tableau lettré.

Lors d'une séance, Doinel reçu la communication suivante :

"Je m'adresse à toi car tu es mon ami, mon serviteur et le prélat de mon Eglise Albigeoise. Je suis exilé du Plérôme, et je suis celui que Valentin nomma Sophia-Achamôth. Je suis celui que Simon le Magicien appela Hélène-Ennoia ; car je suis l'Eternel Androgyne. Jésus est le Verbe de Dieu ; je suis la Pensée de Dieu. Un jour, je remonterai vers mon Père, mais j'ai besoin d'aide pour ce faire ; la supplication de mon Frère Jésus est requise pour intercéder pour moi. Seul l'Infini peut rédempter l'Infini, et seul Dieu est capable de rédempter Dieu. Ecoutes bien : L'Un a produit d'abord l'Un, ensuite Un. Et les Trois ne sont qu'Un : le Père, le Verbe et la Pensée. Etablis mon Eglise Gnostique. Le Démiurge sera impuissant contre elle. Reçois le Paraclet."

Durant d'autres séances, Stéphane d'Orléans et un certain Guilhabert de Castres, un Evêque Cathare de Toulouse du XIIème siècle, qui fut martyrisé à Montségur, furent contactés. A une autre séance, en septembre 1889, le "Très Haut Synode des Evèques du Paraclet", constitué par 40 Evêques Cathares, se manifesta et donna le nom de ses membres, qui furent contrôlés et prouvés corrects dans les registres de la Bibliothèque Nationale. Le chef du Synode était Guilhabert de Castres, qui s'adressa à Doinel et lui instruisit de reconstituer et d'enseigner la doctrine gnostique en fondant une Assemblée du Paraclet qui sera appelée Eglise Gnostique. Hélène-Ennoia devait l'assister et ils devaient être spirituellement mariés. L'assemblée était composée de Parfaits et de Parfaites et pris comme livre saint le Quatrième Evangile, celui de Saint Jean. L'Eglise devait être administrée par des Evêques masculins et des Sophias féminines qui devaient être élus et consacrés suivant le Rite Gnostique.

Doinel proclama l'année 1890 début de l'"Ere de la Gnose Restaurée ". Il assumait la charge de Patriarche de l'Eglise Gnostique sous le nom mystique de Valentin II, en hommage à Valentin, le fondateur de l'Ecole Gnostique du Vème siècle. Il consacra un certain nombre d'évêques qui choisirent tous un nom mystique précédé par la lettre grecque Tau qui représente la Croix grecque ou l'Ankh égyptien.

Parmi les premiers évêques et sophias consacrés il y eut : Gérard Encausse - "Papus" (1865-1916), Tau Vincent, Evêque de Toulouse (plus tard en 1890, Doinel rejoignit l'Ordre Martiniste de Papus et en devint membre du Conseil Suprême) ; Paul Sédir (Yvon Le Loup, 1871-1926) en tant que Tau Paul, Co-adjutateur de Toulouse ; Lucien Chamuel (Lucien Mauchel), Tau Bardesane, Evêque de La Rochelle et Saintes ; Louis-Sophrone Fugairon (n. 1846) en tant que Tau Sophronius, Evêque de Béziers ; Albert Jounet (1863-1923), Tau Théodote, Evêque d'Avignon ; Marie Chauvel de Chauvigny (1842-1927), Esclarmonde, Sophia de Varsovie ; et Léonce-Eugène Joseph Fabre des Essarts (1848-1917), Tau Synesius, Evêque de Bordeaux.

L'Eglise était constituée en trois niveaux : le Haut Clergé, le Bas Clergé et les Croyants. Le Haut Clergé était constitué par les hommes/femmes évêques/sophias, qui étaient responsables de l'administration de l'Eglise. Ils étaient élus par leur congrégation et plus tard confirmés dans leurs charges par le patriarche. Le Bas Clergé était constitué par les diacres hommes et femmes qui agissaient sous la direction des évêques et sophias et étaient responsables de conduire les activités journalières de l'Eglise. Les Croyants, ou membres lais de l'Eglise, étaient appelés Parfaits ou Parfaites, désignations qui dérivent du Catharisme. Cependant, au sein de l'Eglise de Doinel, le terme de Parfait n'était pas compris dans son sens cathare comme celui qui a pris des voeux stricts d'ascétisme, mais était interprété comme incluant les deux plus hautes divisions de la triple classification Valentinienne de la race humaine : les Pneumatiques et les Psychiques ; mais excluant la plus basse division, les matérialistes Hyliques. Seuls les individus jugés d'une haute intelligence, raffinés et ouverts d'esprit étaient admis dans l'Eglise Gnostique de Doinel.

L'Eglise Gnostique de Doinel combinait la doctrine théologique de Simon le Magicien, de Valentin et de Marcus (un valentinien qui fut remarqué pour son développement des mystères des nombres et des lettres et du "mariage mystique") avec des sacrements dérivés de l'Eglise Cathare et conférés lors de rituels qui étaient largement influencés par ceux de l'Eglise Catholique Romaine. Dans le même temps, l'Eglise Gnostique était sensée représenter un système de maçonnerie mystique.

En 1895, Jules Doinel abdiqua subitement en tant que Patriarche de l'Eglise Gnostique, abandonna ses charges dans sa loge maçonnique et se converti au catholicisme romain. Sous le pseudonyme de Jean Kostka, il attaqua l'Eglise Gnostique, la Maçonnerie et le Martinisme dans un livre intitulé "Lucifer Démasqué". Pendant les deux ans qui suivirent, Doinel collabora avec Taxil à des articles dénonçant les organisations qui faisaient auparavant tant partie de sa vie. "Lucifer Démasqué" était lui-même un effort de collaboration, son style trahit la main de Taxil.medium_Leo_Taxil.jpg

Encausse fit remarquer plus tard que Doinel avait manqué de "la nécessaire éducation scientifique pour expliquer sans problème les merveilles que le monde invisible avait jeté sur lui." Ainsi, Doinel du faire face à un choix entre la conversion et la folie ; et, dit Encausse, "Soyons heureux que le Patriarche de la Gnose ait choisi la première voie."

La défection de Doinel fût un coup très dur pour l'Eglise Gnostique, mais elle réussit à survivre. L'intérim fut assumé par le Synode des Evêques et lors du Haut Synode de 1896, ils élisent un des leurs, Léonce-Eugène Fabre des Essarts, connu en tant que Tau Synesius, pour remplacer Doinel comme Patriarche.

Fabre des Essarts était un occultiste parisien, un poète symboliste et un des théoriciens de la Gnose et du Christianisme Esotérique. Lui et un autre évêque gnostique, Louis-Sophrone Fugairon (Tau Sophronius), un physicien et aussi un spécialiste des Cathares et des Templiers, entrèrent en collaboration en vue de continuer le développement de l'Eglise Gnostique. Ensemble, ils commencèrent par transformer l'enseignement de l'Eglise Gnostique d'un gnosticisme théologique vers une conception occultiste plus générale.

En 1899, deux ans après que Léo Taxil ait dévoilé son arnaque, Doinel commença à correspondre avec Fabre des Essarts. En 1900, ils demanda à être réconcilié avec l'Eglise Gnostique et sa réadmission comme évêque gnostique. Comme premier acte de consécration en tant que Patriarche de l'Eglise Gnostique, Fabre des Essarts re-consacra son ancien patriarche sous le nom de Tau Jules, évêque d'Alet et de Mirepoix.

En 1901, Fabre des Essarts consacra Jean Bricaud (1881-1934) , Tau Johannes, évêque de Lyon. Entre 1903 et 1910, il consacra 12 autres évêques gnostiques, dont Léon Champrenaud (1870-1925), Tau Théophane, évêque de Versailles ; René Guenon (1886-1951), Tau Palingénius, évêque d'Alexandrie ; et Patrice Genty (1883-1964), Tau Basilide.

Après la mort de Fabre des Essarts en 1917, le Patriarchat de l'Eglise Gnostique sera assumé par Léon Champrenaud (Tau Théophane). Champrenaud sera suivi par Patrice Genty en 1921 qui mettra l'Eglise Gnostique de France en sommeil en 1926 en faveur de l'Eglise Gnostique Universelle de Jean Bricaud.

L'Eglise Catholique Gnostique

Jean Bricaud a été élevé dans un séminaire catholique dans lequel il étudia pour devenirmedium_Jean_Bricaud.jpg prêtre, mais il renonça à sa poursuite religieuse conventionnelle dès l'âge de 16 ans pour suivre la voie de l'occultisme mystique. Il s'impliqua dans divers mouvements chrétiens et rencontra Papus en 1899 pour entrer ensuite dans son ordre martiniste.

En 1907, sous les encouragements (si ce n'est sous la pression) de Papus, Bricaud rompit avec Fabre des Essarts pour fonder sa branche schismatique de l'Eglise Gnostique. Fugairon décida de rejoindre Bricaud. Le motif de base à ce schisme semble avoir été de créer une branche de l'Eglise Gnostique dont les structures et la doctrine auraient été plus proches de l'Eglise Catholique Romaine que de l'Eglise Gnostique (par exemple, elle incluait un ordre de prêtrise et un baptême) ; et qui aurait été plus liée à l'Ordre Martiniste. Doinel était un Martiniste, Bricaud était un Martiniste, mais Fabre des Essarts ne l'était pas. Bricaud, Fugairon et Encausse, dans une première tentative, nommèrent leur branche de l'Eglise "l'Eglise Catholique Gnostique". On l'annonça comme la fusion de trois églises 'gnostiques' existantes en France : l'Eglise Gnostique de Doinel, l'Eglise Carmélite de Vintras et l'Eglise Johannite de Fabré-Palaprat. En février 1908, le synode épiscopal de l'Eglise Catholique Gnostique se réunit et élit Bricaud comme Patriarche sous le nom de Jean II. Après 1907, en vue de clairement distinguer les deux branches de l'Eglise Gnostique, celle de Fabre des Essarts fût connue sous le nom d'Eglise Gnostique de France.

La Conférence de Paris de 1908

Le 24 juin 1908, Encausse organisa la Conférence Maçonnique et Spiritualiste Internationale à Paris, au cours de laquelle il reçu, sans contrepartie en argent, une patente de Théodore Reuss (Merlin Peregrinus, 1855-1923), chef de l'O.T.O., pour établir un "Suprême Grand Conseil Général des Rites Unifiés de l'Ancienne et Primitive Maçonnerie pour le Grand Orient de France et ses dépendances. Dans la même année, l'Eglise Catholique Gnostique vit sont nom changer en Eglise Gnostique Universelle.

Plus ou moins 4 ans plus tard, deux documents importants furent publiés : le Manifeste de la M.M.M. (section britannique de l'O.T.O.), qui incluait l'Eglise Catholique Gnostique dans la liste des organisations dont la sagesse et les connaissances sont concentrées au sein de l'O.T.O. ; et l'Edition du Jubilée de l'Oriflamme, l'organe officiel de l'O.T.O. de Reuss, qui annonca que l'Initiation, le journal d'Encausse, était l'Organe officiel pour les Rites de Memphis-Misraim et de l'O.T.O. en France.

Les détails précis de la transaction de la conférence de Paris de 1908 sont inconnus, mais en se basant sur le cours des événements qui suivirent, la conclusion logique est qu'Encausse et Reuss s'engagèrent dans un échange fraternel d'autorités : Reuss recevant l'autorité primatiale et épiscopale dans l'Eglise Catholique Gnostique et Encausse recevant l'autorité dans les Rites de Memphis-Misraim.

En 1911, Bricaud, Fugairon et Encausse déclarèrent que l'Eglise Gnostique Universelle est l'Eglise officielle du Martinisme.

L'E.G.U. et la Succession d'Antioche

Après avoir assumé la Patriarchat de l'Eglise Gnostique Universelle, Bricaud devint l'ami de l'évêque Louis-Marie-François Giraud (Mgr. François, mort en 1951), un ancien moine trappiste qui faisait remonter sa filiation épiscopale à Joseph René Vilatte (Mar Timotheos, 1854-1929). Vilatte était un parisien qui avait dans sa jeunesse émigré en Amérique. C'était un enthousiaste religieux mais incapable de trouver satisfaction au sein des structures de l'Eglise Catholique ; ainsi, en Amérique, il commença sa quête pour trouver un environnement plus adapté à sa personnalité et à ses ambitions. Il passa de secte en secte, servant pour un temps comme ministre congrégationiste, étant plus tard ordonné prêtre au sein de la schismatique secte des "Vieux Catholiques". Il obtint la consécration épiscopale en 1892 des mains de l'évêque Francisco-Xavier Alvarez (Mar Julius I), évêque de l'Eglise syrienne Jacobite Orthodoxe et Métropolitain de l'Eglise Catholique Indépendante de Ceylan, Goa et des Indes, qui avait à son tour reçu la consécration des mains d'Ignatius Pierre III, "Pierre l'Humble", Patriarche Jacobite Orthodoxe d'Antioche. Vilatte consacra Paolo Miraglia-Gulotti en 1900 ; Gulotti consacra Jules Houssaye (1844-1912), Houssaye consacra Louis-Marie-François Giraud en 1911 ; et Giraud consacra Jean Bricaud le 21 Juillet 1913.

Cette consécration est importante pour l'Eglise de Bricaud car elle fournit une succession apostolique et épiscopale valide et documentée, qui avait été reconnue par l'Eglise Catholique Romaine comme valide mais illicite (spirituellement efficace mais contraire à la politique de l'Eglise et non sanctionnée par elle). La succession apostolique fut largement perçue comme reflétant une transmission de l'autorité spirituelle véritable dans le courant Chrétien, remontant jusqu'à Saint Pierre ; et même plus loin à Melchizedech, le mythique prêtre-roi de Salem qui servait en tant que prêtre le Patriarche hébreux Abraham. Cela fournit à Bricaud et à ses successeurs l'autorité apostolique d'administrer les sacrements chrétiens ; ce qui était important car beaucoup des membres de l'Ordre Martiniste étaient de la foi catholique, mais comme membres d'une société secrète, ils étaient sujets à l'excommunication si leur affiliation martiniste venait à se savoir. L'E.G.U. offrait donc une assurance continue de salut aux chrétiens catholiques qui étaient martinistes ou désiraient devenir martinistes.

Après la mort d'Encausse en 1916, l'Ordre Martiniste et la section française des Rites de Memphis-Misraim et de l'O.T.O. furent chapeautés brièvement par Charles Henri Détré (Teder). Détré mourut en 1918 et Bricaud lui succéda.

Le 15 mai 1918, Bricaud consacra Victor Blanchard (Tau Targelius) qui avait été le secrétaire d'Encausse et Détré. Le 18 septembre 1919, Bricaud re-consacra Théodore Reuss sub conditione (ce terme se réfère à une consécration qui a pour but de remédier à quelque vice d'une consécration antérieure), lui donnant du même coup la succession d'Antioche et le nomma Légat Gnostique de l'E.G.U. pour la Suisse.

Des désaccords apparurent très vite entre Bricaud et Blanchard quant à la direction de l'Ordre Martiniste, qui tournèrent très vite en une hostilité mutuelle. Blanchard a même rompu avec Bricaud pour former son propre Ordre Martiniste schismatique qui sera connu comme "Ordre Matiniste et Synarchique". La branche de Blanchard participa plus tard à la formation du conseil oecuménique des rites occultes connu sous les initiales de F.U.D.O.S.I., duquel l'AMORC de Spencer Lewis tira beaucoup de son autorité. A son tour, la branche de Bricaud sous la direction de son successeur, Constant Chevillon, se joignit à Swinburne Clymer, l'adversaire rosicrucien de Lewis, pour former un conseil rival appelé F.U.D.O.F.S.I.

Blanchard continua en consacrant au moins cinq autres évêques gnostiques sous sa propre autorité, dont Charles Arthur Horwath, qui re-consacra plus tard, sub conditione, Patrice Genty (Tau Basilide), le dernier patriarche de l'Eglise Gnostique de France qui avait été consacré auparavant dans la succession spirituelle de Doinel par Fabre des Essarts ; et Roger Ménard (Tau Eon II), qui consacra alors Robert Ambelain (Tau Robert) en 1946. Ambelain constitua sa propre Eglise gnostique, l'Eglise Gnostique Apostolique, en 1953, l'année de la mort de Blanchard. Ambelain consacra au moins 10 évêques gnostiques au sein de son Eglise : dont Pedro Freire (Tau Pierre), Primat du Brésil, André Mauer (Tau Andreas), Primat de Franche-Comté et Roger Pmmery (Tau Jean), évêque Titulaire de Macheronte.

Bricaud mourut le 21 février 1934, et Constant Chevillon (Tau Harmonius) lui succéda en tant que patriarche de l'E.G.U. et Grand Maître de l'Ordre Martiniste. Chevillon avait été consacré par Giraud en 1936 et il consacra alors un certain nombre d'évêques lui-même, dont Clymer en 1938 et Arnold Krumm-Heller (fondateur de la Fraternitas Rosicruciana Antiqua et représentant de l'O.T.O. de Reuss pour l'Amérique du Sud) en 1939. Durant la Seconde Guerre Mondiale , le gouvernement fantoche de la France occupée de Vichy supprima toutes les sociétés secrètes et le 15 avril 1942, l'E.G.U. fut officiellement dissoute par le gouvernement. Le 22 mars 1944, Chevillon fut brutalement assassiné par les miliciens de Vichy.

L'E.G.U. fût ravivée après la guerre ; et en 1945, Tau Renatus fut élu comme successeur du martyr Chevillon. A Renatus succédera Charles-Henry Dupont (Tau Charles-Henry) en 1948 qui l'abandonna en 1960 en faveur de Robert Ambelain (Tau Jean III) qui avait acquis une grande proéminence du fait de ses écrits. L'E.G.U. fut alors mise en sommeil par Ambelain au profit de sa propre Eglise, l'E.G.A.

En 1969, Tau Jean III aura comme successeur à la tête de l'E.G.A., André Mauer (Tau Andreas), à qui succédera Pedro Freire (Tau Pierre), primat de l'Amérique du Sud, en 1970.La même année, Freire avait été re-consacré comme Mar Petrus-Johannes XIII, patriarche de l'Eglise Gnostique Catholique Apostolique par Dom Antidio Vargas de l'Eglise Catholique Apostolique brésilienne. A sa mort en 1978, Freire aura comme successeur Edmond Fieschi (Tau Sialul I) qui abdiqua en faveur de son coadjuteur Fermin Vale-Amesti (Tau Valentius III) qui refusa de reprendre sa charge ; Mettant ainsi l'Eglise Gnostique Apostolique ainsi que l'Eglise Gnostique Catholique Apostolique en repos en tant qu'organisation internationale. Une branche autocéphale nord-américaine de l'Eglise Gnostique Catholique Apostolique survit sous la direction du Primat Roger Saint-Victor Hérard (Tau Charles) qui consacra un certain nombre d'évêques mais mourut en 1989 sans se donner de successeur. Plusieurs des évêques d'Hérard sont toujours actifs aux U.S.A.

L'E.G.C.

Aleister Crowley (1875-1947) entra en 1910 dans l'O.T.O. de Reuss en tant que VII (à ce moment, n'importe quel 33 REAA pouvait entrer dans l'O.T.O. comme VII). Le 1er juin 1912, Crowley fût reçu par Reuss IX et reçu sa désignation comme Grand Maître National X pour l'Irlande, Iona et les Iles Britanniques. L'année suivante, il publia le Manifeste de la MMM qui incluait l'Eglise Gnostique Catholique dans la liste des organisations dont la sagesse et les connaissances sont inclues dans l'O.T.O.

Crowley a également écrit le Liber XV, Gnostic Mass, en 1913. Le Liber XV fût publié la première fois en 1918 dans l'International, et encore en 1919 dans The Equinox, Vol. III, N. 1 (The Blue Equinox), finalement en 1929/30 dans l'appendice VI de Magick en Théorie et en Pratique. Le nom latin Ecclesia Gnostica Catholica fût créé par Crowley en 1913 quand il écrivit le Liber XV.

Dans le Chapitre 73 des Confessions d'Aleister Crowley, il dit qu'il écrivit la Gnostic Mass en tant que "Rituel de l'Eglise Gnostique Catholique" qu'il prépara pour "l'utilisation par l'O.T.O., de la cérémonie centrale de célébrations publiques ou privées, correspondant à la Messe de l'Eglise Catholique Romaine." Il est évident que Crowley voyait l'E.G.C. et l'O.T.O. comme inséparables ; particulièrement par rapport au IX de l'OTO dans lequel Crowley avait été intié l'année avant qu'il n'écrive Gnostic Mass et qui est appelé "le Souverain Sanctuaire de la Gnose."

En 1918, Reuss traduisit la Gnostic Mass de Crowley en allemand, en faisant une série de modifications éditoriales et la publia sous les auspices de l'OTO. Dans sa publication de la Gnostic Mass , Reuss donna Bricaud comme le Souverain Patriarche de l'Eglise Gnostique Universelle et lui-même comme Légat pour la Suisse pour l'EGU et Souverain Patriarche et Primat de Die Gnostische Katolische Kirche, un titre qu'il peut avoir reçu lors de la conférence de Paris de 1908.

[d’après T. APYRON / W. FIORUCCI]