18/01/2007

LA BOULE AUX RATS

medium_oratz.jpg« Lors commenca le seigneur de Humevesne ainsi que s'ensuit :

- Monsieur et Messieurs, si l'iniquité des hommes estoit aussi facilement veue en jugement categoricque comme on congnoist mousches en laict, le monde, quatre beufz, ne seroit tant mangé de ratz comme il est, et seroient aureilles maintes sur terre qui en ont esté rongées trop laschement ; car, ­ combien que tout ce que a dit partie adverse soit de dumet bien vray quand à la lettre et histoire du factum, ­ toutesfoys, Messieurs, la finesse, la tricherie, les petitz hanicrochemens sont cachez soubz le pot aux roses. »

« Alors le seigneur de Humevesne commença ainsi qu’il s’ensuit :

-          Messire et messires, si l’on voyait dans un jugement catégorique l’iniquité des hommes aussi facilement que l’on distingue des mouches dans le lait, le monde (quatre bœufs) ne serait pas mangé par les rats qu’il l’est, et il y aurait maintes oreilles sur terre qu’ils ont rongées bien lâchement : car – bien que ce qu’a dit la partie adverses soit du duvet bien vrai quant à la lettre et le récit du procès-verbal -, toutefois, messires, la finesse, la tricherie, les petites anicroches sont cachées sous le pot-aux-roses ».

[Rabelais, Pantagruel]

 Un globe sommé d’une croix est attaqué de tous côtes par des rats qui le dévorent comme un beau fromage de Hollande : ce motif de la boule aux rats est apparu à la fin du Moyen Age, en marge du grand art religieux : les sculptures de stalles en forment le principal réservoir mais de nombreux exemples subsistent dans les marginalia des livres pieux et sur le décor extérieur des églises du gothique tardif.

Ce Grimoire ne se livre à l’intelligence qu’à la suite d’un patient détour par chacun des éléments qui le composent : si la source semble en être une unique expression proverbiale, ses nombreuses occurrences dans l’art doivent être étudiées en fonction de leurs contextes respectifs. Ainsi se dégagent les caractéristiques d’une imagerie modeste accompagnant les grandes expressions de la foi dans la période de la pré-Réforme ; des images auxquelles est souvent attribué, faute de mieux, un caractère populaire.

Pourtant les commanditaires et les lieux d’élection de ces boules aux rats les fonts plutôt participer à l’oraison savante qu’à la piété des simples. Une oraison dirigée vers la moralisation, qui englobe tous les aspects de la vie civile, les aléas de l’histoire contemporaine, comme les travers des contemporains clercs et paroissiens, au sein de motifs non dénués d’humour.

 medium__CARPENTRAS_Boule_aux_rats_-1470-.jpgCathédrale Saint-Siffrein de Carpentras : En sortant de la cathédrale, au sud, la porte Notre Dame est dite aussi «Porte Juive » car les juifs convertis entraient là. L’ouvrage dirigé par Blaise Lécuyer, architecte et sculpteur genevois, présente un ensemble de style gothique flamboyant richement décoré. Au dessus du blason de l’ancien Chapitre, la Boule aux rats symbolise le temps qui ronge le monde. Il s’agit d’un bel exemple de gothique flamboyant avec les exubérants crochets à feuilles de choux et la fameuse « boule aux rats », symbole du monde dévoré par l’hérésie.medium__CARPENTRAS_Boule_aux_rats_-detail-.JPG

L'histoire raconte que les dieux, effrayés par les géants, se réfugièrent en Egypte et se transformèrent en animaux. Le dieu Pan, lui, se métamorphosa en rat. Ca tombe d'autant mieux qu'il représente le dieu de la fécondité et de la puissance sexuelle. Sa mort étant considérée comme la mort du paganisme, l'Eglise voit d'un mauvais œil ce rongeur anti-chrétien.

Comme souvenir de cette légende, il nous reste la "boule-aux-rats", que l'on peut trouver dans certaines églises et cathédrales. Il s'agit d'une sphère représentant la terre et traversée par des rats, surmontée d'une croix. Cette boule-aux-rats est le symbole du monde chrétien envahi par les mécréants…